Le débat sur le gaz de schiste en France: vaincre l’obscurantisme régnant !

Une contribution de Baptiste Desbois

 

La semaine dernière, Daniel Cohn-Bendit, député européen, a regretté la tendance française à “rechercher des mirages” en faisant référence au fait de permettre à la recherche de travailler sur de nouvelles méthodes propres permettant l’extraction de gaz de schistes. Depuis l’ouverture du débat, les militants écologistes s’opposent à l’exploitation de ce gaz non-conventionnel en prétendant que l’extraction par fracturation hydraulique se veut source de  dommages environnementaux. Le débat prend désormais une autre tournure, dans la mesure où toute recherche visant à produire le gaz de schiste sans porter atteinte à l’environnement est par avance condamnée. Sommes-nous de retour au 17ème siècle, lorsque Galilée fut condamné pour l’audace de sa thèse ? Faut-il présenter les gaz de schiste devant l’Inquisition de manière bornée, sans regarder plus loin que le bout de son nez, et sans faire un instant confiance à la recherche pour progresser sur le sujet? Comme le souligne M. Mestralet, président de GDF Suez, la France referme systématiquement la porte avant de l’avoir ouverte.

Certes, la fracturation hydraulique suscite des questions mais est directement condamnée, sans la moindre preuve réelle de ses effets sur l’environnement. Le but de ce blog n’est bien sur pas de faire l’apologie du gaz de schiste mais de souligner l’absurdité de la situation. Tout doit être fait et renforcé pour éviter un désastre écologique. François Hollande affirme que rien ne prouve que l’exploitation des gaz et huiles de schiste par fracturation hydraulique est exempte de risques lourds pour la santé et l’environnement. Mais rien ne prouve le contraire non plus, ni qu’il n’existe pas de solutions alternatives. Cela consiste à balayer d’un geste les espoirs de tous les industriels priant pour un retour de la compétitive de la France. Pourquoi rejeter les gaz de schistes dans le cas où une technologie propre et maitrisée peut être trouvée, combinée à une gouvernance transparente?

Le récent rapport Gallois remis début Novembre et commandé par François Hollande, recommande pourtant de mener des recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste pour relancer la compétitivité de la France. Ironiquement, Pawlak, le ministre polonais de l’économie a alors lancé: « Total est bienvenu pour expérimenter chez nous »! Dans la foulée, Le parlement européen, plus ouvert, a rejeté un amendement proposant de placer un moratoire sur l’exploitation des gaz de schistes, mais appelle à un contrôle solide. La France va-t-elle finalement ouvrir les yeux et regarder de plus près cette potentielle mine d’or sur laquelle elle est assise?

Flashback

Après une forte mobilisation, la France était devenue en juillet 2011 le premier pays à bannir l’usage de la fracturation hydraulique au travers de la loi Jacob. S’appuyant sur cette loi, Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet ont médiatiquement abrogé en décembre 2011 trois permis de recherche de gaz de schiste dans le sud de la France: deux à l’américain Schuepbach et le troisième au français Total. En plus de ces trois permis, Sarkozy a également confirmé que les autres exploitants « ne pourront pas procéder à l’exploration ou à l’exploitation des gaz ou des huiles de schiste par cette technique de fracturation hydraulique », grâce à cette fameuse loi. La discussion fut close sous l’ère Sarkozy et les tensions retombées, bien que la pression de la part des industriels a toujours été maintenue.

Changement de gouvernement en 2012 et reprise du débat. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a réveillé la bête dormante en affirmant que la question de l’exploitation des gaz de schiste n’était pas tranchée et sera traitée par Hollande lors de la grande conférence environnementale. Montebourg a également alimenté la polémique en affirmant que les gaz de schiste ne sont pas un sujet interdit, au grand dam des écologistes. En tant que ministre du redressement productif, il est évidemment en première ligne pour saisir les enjeux que cette ressource représente. Vient ensuite le 14 et 15 septembre 2012 la conférence environnementale où François Hollande a repris la même ligne de conduite que Nicolas Sarkozy. Il a annoncé  qu’il “entendait les arguments économiques”, mais a jugé que les considérations sur les possibles gisements en France étaient “souvent exagérées” et qu’il y avait trop d’incertitudes environnementales pour se lancer dans leur exploitation. Il a indiqué que cette ligne de conduite sera ferme tout au long du quinquennat et en a profité pour rejeter sept demandes de permis d’exploration. Le débat fut donc brutalement clos.

Nouvelle annonce de la part de Hollande lors d’une conférence de presse le 3 novembre: le président s’est  dit favorable à la recherche d’autres techniques pour exploiter le gaz de schiste. Il exclut d’emblée la fracturation hydraulique mais accepte la poursuite de la recherche de techniques propres « financées par les entreprises et les chercheurs ». Il prendra sa responsabilité si une technique apparait… Nouveau coup de théâtre et nouvelle pression pour le gouvernement: le 5 Novembre, le rapport Gallois (commandé pas le gouvernement pour proposer des mesures pour remettre sur pied la compétitivité de la France) est remis à Jean-Marc Ayrault, Parmi les 22 mesures proposées pour relancer la France, la 5ème concerne les gaz de schiste. Le rapport propose de «mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste» et ce éventuellement avec l’Allemagne. Le gouvernement a naturellement immédiatement annoncé que cette mesure ne serait pas retenue.

Dernier rebondissement : La commission des affaires économiques du Sénat vient de décider de rouvrir le débat sur les gaz de schiste et a saisi l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) pour examiner les solutions alternatives à la fracturation hydraulique. Cette même commission estime qu’il «serait regrettable d’interdire toute réflexion et recherche permettant la mise au point de technologies alternatives et respectueuses de l’environnement» et indique ces recherches «permettraient de mieux évaluer les ressources contenues dans le sous-sol français». Débat à suivre…

Mais de quelles quantités parlons-nous ?

En l’état actuel, il est très difficile de cerner le potentiel que représentent les gaz de schistes en France. Les ressources semblent être concentrées dans deux grands bassins, autour de la région parisienne et dans le sud est de la France. Ce dernier bassin est présupposé être le plus intéressant d’un point de vue géologique. Ces deux ensembles appartiennent à des zones densément peuplée ou touristique, ce qui explique notamment les réticences actuelles.

Source: International Energy Agency, OECD 2012

L’agence américaine “Energy Information Administration”  nous propose une étude datée de 2011 dans laquelle sont comparées les ressources récupérables de plusieurs pays en Europe (l’étude est disponible à l’adresse http://www.eia.gov/analysis/studies/worldshalegas/pdf/fullreport.pdf). Les chiffres évoqués dans ce rapport évoluent naturellement au fur et à mesure qu’apparaissent de nouveaux travaux. En Pologne, l’Institut Géologique vient par exemple de réviser fortement à la baisse cette estimation pour ce pays. En revanche, cela peut donner au lecteur une première idée des quantités en question.

La France disposerait dans sous sous-sol près de 5100 milliards de mètres cubes de gaz de schiste, et occupe donc la deuxième place après la Pologne. Ces deux pays renferment l’essentiel des ressources en Europe. L’Ukraine troisième pays du classement, possède environ 5 fois mois de ressources que ces deux pays.

Le ratio consommation/ressource est un indicateur virtuel intéressant. Celui-ci nous indique le nombre d’années que peuvent couvrir les ressources de gaz de schiste (par rapport à la consommation actuelle). Dans ce cas, la Pologne prend largement les devants: cette ressource couvrirait plus de 300 années de consommation! Le Danemark se place en seconde position (environ 150 ans) et la France 3ème, avec une bonne centaine d’années. Bien sûr, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes: ce potentiel global peut s’avérer être beaucoup moins important qu’annoncé, et la part extractible dans des conditions techniques et économiques abordables peut ne représenter qu’un faible ratio. Cependant, l’intérêt suscité par les gaz de schistes est amplement justifié à la vue de ces premiers chiffres. Il est également à prévoir que la France serait en mesure d’exporter une grande partie de son gaz si celui-ci est produit.

Quel serait l’impact économique ?

98% du gaz consommé en France est importé (32% de Norvège, 15% des Pays-Bas, 14% de Russie, 14% d’Algérie,…), souvent au travers de contrats long terme. Il y a 40 ans, cette dépendance n’était que de 70%. La facture énergétique de la France s’est donc creusée depuis ces années, pour atteindre 9,7 milliards d’euros en 2010 (d’après le Commissariat Général au Développement Durable).

Pour illustrer l’impact économique, regardons de plus près la relaxation engendrée par la révolution des gaz de schistes aux Etats-Unis sur les prix de marché Spot et comparons cela avec les prix français du produit Spot PEG Nord à la bourse de PowerNext. Aux Etats-Unis, plus d’un quart du gaz produit provient désormais de cette ressource non-conventionnelle bon marché (et cette proportion est appelée à grandir vers 50% en 2035, d’après certains scénarios de l’US Information Energy Administration), relaxant les prix de marché du gaz.

Depuis 2010, la différence des prix entre la France et les Etats-Unis s’est progressivement accentuée, pour dépasser 18 €/MWh. Le prix du gaz américain se maintient en dessous de la barre des 10 €/MWh, et se veut également moins volatil qu’en France où le prix par MWh dépasse actuellement les  27€ (170% plus cher !). Inutile de décrire les pensées d’un industriel lorsqu’il constate cette différence de prix !

Par ailleurs, en France, et plus généralement en Europe, la demande de gaz baisse mais les prix restent bloqués à des niveaux historiquement élevés, notamment en raison de tensions sur l’offre (appauvrissement des réserves en mer du Nord, redirection du GNL vers le Japon,…). La France se plaint d’un prix de gaz croissant, mais écarte systématiquement cette option sans même prendre le temps de l’étudier. Il vient d’être annoncé que près de 4 millions de ménages vivent en situation de précarité énergétique en France ! Bien sûr, la France n’est pas les Etats-Unis. L’exploitation des gaz de schiste nécessite beaucoup de forages, donc beaucoup d’espace. Il faut également beaucoup d’eau, et un réseau de gazoducs dense. La situation est plus délicate en France. Cependant, Christophe de Margerie, le PDG de Total, affirme “Quand on est dans une situation économique comme aujourd’hui difficile [ …], ne pas se donner la possibilité de développer du gaz, c’est dommage”. L’idée n’est pas de faire l’apologie de cette énergie, mais il existe donc certains facteurs intéressant qui permettraient à la France d’améliorer la situation. En plus de la sécurité d’approvisionnement et d’un coût intéressant. Reste que les incertitudes sont très grandes.

Pourquoi cela bloque t’il ?

L’objectif de cet article n’est pas de discuter si l’exploitation des gaz de schistes porte attente à l’environnement ou pas. Personne n’a la prétention de le savoir, tant les différentes études sont contradictoires. Cela doit être étudié précisément et scientifiquement. Si de bonnes pratiques ne sont pas possibles, fermons alors le dossier ! Cependant la recherche n’a pour l’instant pas eu son mot à dire. Si d’autres techniques propres existent ou sont développées, le débat devrait rester ouvert.

Les militants se positionnent contre la production de gaz de schiste pour deux raisons. En premier lieu, l’opposition aux gaz de schiste tire sa source des campagnes « chocs ». Gasland est un véritable chef-d’œuvre en matière de film suggestif. Toute personne (y compris moi) possédant une certaine sensibilité environnementale se sent immédiatement choqué après l’avoir vu. Que font ces horribles compagnies à tous ces pauvres gens? Cependant, quelques jours après l’avoir visionné, vous commencez à réaliser que les preuves avancées dans le film semblent être anecdotiques. Par exemple, l’acteur/réalisateur Josh Fox suggère constamment la présence de pollutions, mais les résultats des tests ne sont jamais montrés. Il y a certes bien eu des balbutiements lors du démarrage de l’exploitation des gaz de schistes, mais l’image véhiculée par le film est extrême. Bien sur, cela fait parti du jeu des opposants (et heureusement qu’ils existent pour modérer les ardeurs de leurs adversaires!). Deuxièmement, les militants du monde entier sont de plus en plus alarmistes quant au réchauffement climatique. De récents rapports confirment la pertinence de leurs propos. Toutefois, ils perdent parfois tout sens du pragmatisme et réclament l’arrêt de l’utilisation des combustibles fossiles. Cela inclut le gaz naturel, qui a été salué deux décennies à peine plus tôt par les écologistes comme le moins polluant des combustibles fossiles. L’opposition au gaz de schiste est ancrée sur un refus idéaliste de toute utilisation de combustibles fossiles.

En second lieu, Le gaz de schiste n’est pas un gaz infâme, comme le pense la croyance populaire. Il s’agit de gaz standard, piégé dans un réservoir non conventionnel. Rappelons que le bilan carbone de la combustion du gaz est bien meilleur que de bruler du carbone ou du charbon! Aux Etats-Unis, les émissions de gaz à effet de serre chutent car les centrales à charbon ferment les unes après les autres en raison de la compétitive du gaz naturel. Le problème réside dans les méthodes de production (fuites), dans les produits injectés et dans l’utilisation de l’eau. Si des méthodes propres apparaissent, ces réticences vont-elles disparaitre ?

Le second point est la vision souvent marginale du gaz en France. Avec le fort taux de nucléarisation de la France, le gaz est un combustible de second plan. La tendance française du chauffage électrique tient également à distance le gaz naturel. Je suis convaincu que les discussions seront moins passionnées s’il s’agissait de pétrole de schiste. L’impact sur le portefeuille des particuliers serait plus parlant, et seraient alors plus facilement convaicus bien que le pétrole est plus polluant que le gaz.

En conclusion

La porte est refermée avant même d’avoir été entrouverte. Le problème réside dans l’aveuglement et le refus de toute discussion. Pourquoi refuser la recherche, comme cela a été invoqué? Pourquoi affirmer sans preuve que la fracturation hydraulique est risquée, qu’elle ne peut être améliorée et pourquoi fermer la porte à la recherche d’autres alternatives ? Imaginons qu’une technique respectueuse de l’environnement existe, la France s’en prive d’office en refusant la recherche.

Difficile également de penser que les gaz de schiste ne seront pas exploités dans le futur, même si les études environnementales jouent en leur défaveur. Même quelques écologiques en sont malheureusement convaincu! Cela va probablement dépendre des ressources que la France possède. Il est légitime que l’opposition refuse toute exploration, car il serait en effet plus difficile de bloquer la porte si les ressources s’avèrent être énormes!

Dans le cas ou le gaz de schiste n’est pas exploité, il serait alors formidable de s’appuyer sur ce choix pour développer d’autres énergies plus propres encore. Remplaçons par exemple les chauffages traditionnels au gaz par des pompes à chaleur ! Ou alors, penchons nous sur les technologies marines! La France possède par exemple le deuxième espace maritime mondial en termes de surface, et se positionne à l’avant garde pour certaines technologies. Le pire serait de continuer à ne rien faire …

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